Les triplets de Belleville
Vendredi 27 mars, Derrick May sera l’invité du Djoon. C’est l’occasion de revenir sur les racines de la techno, puisque Derrick May est l’un des trois pères fondateurs de ce courant musical.
Tout a commencé à Detroit, aux Etats-Unis. Les profondes difficultés que rencontre l’industrie automobile depuis de nombreuses années ont progressivement transformé Detroit, surnomée “Motor City”, en une ville qui, à la fin des années 1970, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Mais le chaos urbain qui y règne se révèle être particulièrement propice à la créativité et à l’inspiration.
A cette époque, le DJ et animateur de radio Electrifying Mojo propose lors de son émission Midnight Funk Association une programmation musicale très originale. Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson écoutent son émission tous les soirs, et découvrent notamment la musique électronique du groupe allemand Kraftwerk (qui influencera aussi de manière notoire Afrika Bambataa dont je parlais dans cet article). Juan Atkins reconnaît en particulier l’importance que le morceau Computer World a eu pour lui:
Par ailleurs, Detroit avait déjà vu naître en 1959 le célèbrissime label soul et funk Motown (contraction de Motor et Town) qui fut notamment la maison de disque de Diana Ross, Marvin Gaye, Stevie Wonder ou encore Michael Jackson avec les Jackson Five. Le mélange de sonorités funk et électroniques avec lequel Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson sont en contact va donner naissance à la techno.

Le terme “techno” apparaît lorsque Juan Atkins sort son titre Techno City avec son groupe Cybotron (sa collaboration avec Rick Davis). Il dit s’être insipiré de la pensée du futurologue Alvin Toffler et de son livre The Third Wave dont l’un des chapitres s’intitule Techno-Rebels. Le fait que Juan Atkins soit l’inventeur du genre et du nom qu’il porte lui vaut le surnom d’Originator. Il se sépare assez vite de Rick Davis, crée son label Metroplex et sort le titre No UFO’s. Le message est clair: “They say there is no hope, they say « no UFO’s », why is no head held high? Maybe you’ll see them fly”
Lorsqu’il était encore au lycée de Belleville, Juan Atkins s’était lié d’amitié avec Derrick May et Kevin Saunderson. Leur collaboration dans le collectif Deep Space Soundworks permet des échanges musicaux intenses. Quelques temps après Juan, Derrick et Kevin se mettent aussi à produire leur propre musique.
Derrick crée rapidement son label Transmat et, sous le pseudonyme Rythim is Rythim, sort des titres comme Freestyle, It Is What It Is, Kaos et surtout Strings Of Life, qui a marqué son parcours de producteur et la musique électronique en général:
Ses morceaux, souvent très mélodieux, tiennent beaucoup de la House de Chicago où il a vécu un an, et lui valent le surnom d’Innovator. A son retour de Chicago, il fonde avec le collectif Deep Space Soundworks le club Music Institute, où des futures personnalités de la techno comme Carl Craig, Stacey Pullen, Kenny Larkin ou Richie Hawtin viennent découvrir une musique et une atomosphère d’un genre nouveau. Derrick May joue d’ailleurs un rôle majeur dans l’émergence de Carl Craig, producteur de génie et patron du label Planet E, référence majeure en musique électronique encore aujourd’hui.
Grâce à Strings Of Life, Derrick est l’un des premiers artistes américains à se produire en Angleterre. C’est à cette époque que le phénomène techno devient mondial. Kevin Saunderson contribue aussi fortement à l’expansion du mouvement, car ses productions avec le groupe Inner City (dans lequel il collabore avec la chanteuse Paris Grey) sont souvent des succès mondiaux: 7 d’entre elles sont n°1 dans les clubs britanniques. Le public très large qu’il touche (il a vendu 8 millions d’albums dans le monde) lui donne le surnom d’Elevator.
Après ces trois pionniers, il y aura bien sûr Underground Resistance avec “Mad” Mike Banks et Jeff Mills, puis d’autres suivront. Mais la naissance du genre revient sans aucun doute au trio formé par Originator, Innovator, et Elevator.
Vous pouvez retrouver toute l’histoire des origines de la techno dans l’excellent documentaire High Tech Soul, dans lequel Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson interviennent aux côtés d’autres grands noms de la techno:
Si vous ne le saviez pas déjà, vous l’avez (je l’espère) maintenant compris, l’invité du Djoon ce vendredi n’est pas n’importe qui, d’autant plus qu’il sera accompagné de Franck Roger, une valeur sûre en matière de Deep House. Pour plus d’informations sur ce dernier, je vous renvoie à sa biographie disponible sur SoulForLove.
SOURCES: Resident Advisor, Intuitive Music, Lemonsound, Dailymotion, Wikipédia,


Bien entendu, le clip de Kraftwerk n’est pas celui d’origine, mais c’est la seule version que j’ai trouvé sur youtube qui ne soit pas un live
Bah du sur-lourd. J’en ai pas mal appris dans ce docu vraiment bien foutu et bourré de témoignages. Je reste étonné par l’humilité de tous les intervenants… Putain Paris c’est une légende par semaine ça me fatigue. Il a l’air trop marrant Derrick May sérieux vous allez passer une soirée de malade.
Merci pour l’article… Effectivement le titre est bien choisi :). Tu nous epxlique bien l’origine de leurs surnoms. En revanche j’ai pas vraiment compris si c’est Juan ou Kevin qui ont créé le mot ”techno” (parce qu’à la fin du docu c’est Kevin qui se l’approprie) mais bon c’est pas très important.